La dépendance psychique

La dépendance psychologique 

Elle commence toujours avant la dépendance du corps. Elle s’explique par certaines propriétés qu’a l’alcool de modifier le psychisme de l’individu (alcool produit « psychotrope »).L’alcool est au départ un objet de plaisir : plaisir du groupe, plaisir intérieur organique, impression de moindre fatigue, sensation de bien-être etc.  L’alcool provoque l’inflation de la pensée : il rend euphorique, permet de vivre dans l’imaginaire ce qui ne peut être vécu dans la réalité (« À nous deux nous serons Dieu » disait Baudelaire). Surtout, l’alcool est un médicament, le meilleur médicament connu actuellement de l’anxiété et de la dépression et un médicament que l’on peut s’offrir en société pour le moindre prétexte.

Pendant longtemps, cet « alcool convivial », le verre que l’on partage avec les autres, va remplir sans le dire son rôle d’alcool-médicament, calfeutrant les petits soucis, améliorant la communication, diminuant les tensions psychologiques internes : c’est  la  lune de miel entre le sujet et le produit alcool.


Le problème, c’est que l’alcool ne résout pas les difficultés, il permet de les éluder. Ce faisant, le sujet, à son insu, va prendre l’habitude d’éluder chaque fois qu’il se trouve confronté à des situations sources de déplaisir. D’éludation en éludation, la vie de ce sujet va devenir une montagne de problèmes non résolus qui va devenir de plus en plus persécutante et va l’amener à augmenter les prises d’alcool pour toujours faire face en éludant. Au lieu d’une maturation psychologique, il y a une régression vers des comportements souvent enfantins que le futur malade, vu son âge, n’admet pas d’où l’apparition de troubles du caractère.

Les prises d’alcool augmentant, à partir d’un certain seuil variable selon chaque sujet, apparaîtra la dépendance physique et le manque et dès lors, ce sera la phase toxicomaniaque de la maladie avec ses conséquences inéluctables : exagération des troubles du caractère, désintéressement pour l’entourage, désocialisation, dépression nerveuse (tous les alcooliques deviennent à un moment de leur vie déprimés et « soigneront » cette dépression par leur médicament habituel : l’alcool).

Tout ceci se termine dans la solitude la plus complète. C’est la ''*lune de fiel''. Avant ce stade, une longue lutte s’est menée. 

Pendant très longtemps, le sujet se bat avec lui-même. Se reconnaître alcoolique l’amènerait à croire qu’il est ce que lui-même (comme monsieur Tout le monde) pense des alcooliques : des êtres méprisables et il s’ensuivrait invariablement une dépression. Pendant longtemps, un mécanisme automatique de pensée va donc se mettre en place pour empêcher cette dépression, c’est le déni qui va permettre au sujet de se prouver qu’il n’est pas alcoolique. 

Souvent il s’arrêtera de boire pendant un laps de temps donné. La preuve étant apportée, il pourra reboire avec moins de culpabilité. Tant qu’il n’est pas dépendant dans son corps, ce moyen va fonctionner. Lorsqu’il ne pourra plus interrompre l’acte de boire, à cause de la dépendance physique, il se donnera comme image de l’alcoolique quelqu’un de ses connaissances qui est plus avancé que lui et se dira que « l’alcoolique c’est l’autre, celui-là, mais pas moi ».

* Perdre le plaisir, et rentrer dans la souffrance