Historique du SAF

 

https://www.alcoolassistance.net/images/bacchus1_1294867184-copie.jpgLes recherches d’hier à aujourd’hui 

Il est confondant, lorsque l’on recherche dans la bibliographie l’origine de la recherche sur le Saf, de se rendre compte à quel point il est encore difficile de faire prendre en compte le danger de la consommation d’alcool par la femme  enceinte alors qu’il est dénoncé depuis la haute antiquité !

 

L’Ancien Testament relate en ces termes, l’avertissement donné par l’ange à la future mère de Samson : «Désormais prends bien garde !  Ne bois ni vin, ni boisson fermentée, car tu vas concevoir et tu enfanteras un fils». 



En 1725 le Collège royal des médecins s’adresse au parlement anglais pour alerter les parlementaires : «Les enfants nés de mères consommant du gin sont  difformes, faibles et débiles».
Ils demandent la réglementation de la production et de la vente d’alcool.

 

En 1834,  soit plus d’un siècle plus tard, la Chambre des Communes répondra en rendant public un rapport intitulé dans lequel il est reconnu que : «les mères alcooliques tendent à mettre au monde des bébés qui semblent mal nourris malingres et difformes». 



En  1865,  en France,  le Dr Lancer rapporte  avoir  observé  que  : « les enfants de parents alcooliques, lorsqu’ils ne décèdent pas en bas-âge, présentent  des  caractéristiques  crâno-faciales  et comportementales  particulières ». 



Vers 1899, le Dr William Sullivan, de Liverpool, met en évidence que l’alcool a des effets tératogènes sur le fœtus en étudiant les grossesses de détenues alcooliques de la prison où il travaille comme médecin ; il constate que le taux de fausses couches et de décès d’enfants est deux fois et demi plus élevé que dans le reste de la population. 



Sa découverte est donc révolutionnaire par rapport aux idées de l’époque  et marque  véritablement le début des connaissances scientifiques en matière d’alcoolisation fœtale.

 

En 1900,  le biochimiste  français  Maurice Nicloux, publie les conclusions de  son rapport dans la revue Obstétrique : « Nous savons que  la  concentration  d’alcool  dans  le  sang  du  fœtus  est  égal  au  taux d’alcoolémie de la mère ».  Certaines recherches ont, depuis, démontré qu’elle peut être légèrement plus élevée. 

A cette époque, on peut aussi se référer aux travaux de J.-W. Ballantyne qui fut le premier à ouvrir une clinique pour le suivi  des grossesses, et de T.-A.Mac Nicholl qui signe un article sur les effets de l’alcool consommé par la mère chez les enfants d’âge scolaire.



En 1929, un chercheur suisse étudie les enfants de pères et mères alcooliques ; il en arrive aux mêmes conclusions que Sullivan et Ballantyne quant aux mères, mais il établit que celles-ci ne se produisent pas dans le cas de pères alcooliques. On commence donc à établir que c’est la consommation maternelle qui est en cause. 

 

En 1957, la psychiatre J. Rouquette décrit dans sa thèse certains traits morphologiques et caractériels observables chez les enfants de mères alcooliques. 

 

En 1968, les hôpitaux et pouponnières départementales hébergent les nouveau-nés et nourrissons issus de familles alcooliques.

 

https://www.alcoolassistance.net/images/alcool-assistance/paul-lemoine-2.jpgPaul Lemoine, un précurseur

Paul Lemoine, médecin des hôpitaux, analyse les généalogies, suit la croissance, étudie les comportements et photographie ces enfants (que l’on appellera «Les Petits Lemoine »).
Il acquiert la conviction que ces sujets présentent un ensemble d’anomalies identiques d’un enfant à l’autre. Selon lui, le visage est si caractéristique «qu’il permet d’affirmer sans connaissance de l’état de la mère que celle-ci est alcoolique». Le retard de croissance est habituel. Les malformations sont surtout cardiaques et osseuses. Le retard intellectuel est sévère et s’accompagne d’un comportement très particulier. 

Il rédige ses observations recueillies sur une cohorte de 127 enfants, et présente sa recherche à la filiale nantaise de la  Société  française de  pédiatrie.  Celle-ci  l’accueille  avec  scepticisme.  Son  travail  ne sera accepté pour publication que dans la revue locale L’Ouest Médical. Son article sera tiré de l’oubli grâce à W. Lenz,  un pédiatre  allemand  qui  le  signalera  à la communauté scientifique mondiale quelques années plus tard.   Ignoré en France,  Paul Lemoine  reçoit  aux Etats-Unis, en 1984, en même temps qu’Anne Sreissguth de Seattle,  le prix  Jellineck  qui  récompense annuellement les meilleurs travaux mondiaux sur l’alcoolisme. 



En 1973,  D.-W. Smith  et  son  élève  K.-L. Jones  sont  frappés par  l’aspect  caractéristique  de  plusieurs enfants  de  mères  alcooliques.   En fait,  ignorants  du  travail  de  Paul Lemoine,  ils décrivent un tableau identique qu’ils intitulent Fetal Alcohol Syndrome.
La publication initiale de Smith et Jones a eu un  retentissement  considérable  avec  depuis, de nombreux travaux   épidémiologiques  ou  cliniques.       
Une  équipe  de  dysmorphologistes,  de   neurologues,  de psychologues et d’épidémiologistes se crée et, dès  lors,  l’école  de  Seattle  ne  cessera  de  publier,    après  avoir  démontré  que  la   responsabilité de l’alcoolisation maternelle dans le devenir de l’enfant est écrasante.

 

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 De nos jours, en France,

 durant de nombreuses  années, le Dr Maurice Titran,  pédiatre  à  Roubaix  s’est  consacré,  en  collaboration avec  le Dr Philippe  Dehaene,  d’abord  à l’hôpital, puis au Centre d’action médico-sociale  précoce, aux  mamans alcooliques mais aussi  à tous les petits enfants Saf,  auxquels,  avec toute  son  équipe,  il a  apporté  attention, affection et amour.

Le Nord-Pas-de-Calais particulièrement concerné par le Saf a été pionnier dans ce domaine.De nombreux  élèves  de l’école Titran,   en  particulier,  Denis  Lamblin et Thierry Maillard,  ont  porté le message de prévention à la Réunion et crée  Réunisaf,  qui, après un travail  remarquable en  Outremer, a développé cette association sur le territoire métropolitain, S.A.F France.