Une prévention de consommation des produits psychoactifs en entreprise,
pourquoi, comment, pour qui ?
L’usage des produits psychotropes lié au travail constitue un domaine de recherche relativement récent en France. Il s’agit d’un champ de réflexion difficile, souvent encore tabou, ouvrant sur un débat de société dont les enjeux concernent à la fois nos conceptions de la convivialité nationale, de la santé publique et de celle du monde du travail.
« L’alcool a été, est, et sera toujours indissociablement lié au destin de l’’homme »
( Pierre Fouquet, initiateur de la Discipline de l’alcoologie)
Prendre en compte les usages de psychotropes au travail, non comme des déviances, mais comme des réalités sociales interactives, agir pour les prévenir à la source et sur le terrain au nom d’une réelle éthique sociale de la responsabilité, c’est sans doute la vraie richesse que doivent mettre en œuvre ensemble, la santé publique, le monde du travail, les acteurs de la prévention, qu’ils soient professionnels ou bénévoles dans la mesure où leur partenariat saura s’adapter à la réalité des besoins exprimés par les entreprises qui font appel à leurs compétences.
Il ne s’agit pas pour les « préventeurs » de répondre à des situations critiques d’urgence mais, comme le dit notre ami le Dr François Gonnet, alcoologue à Lyon : « Faire la géographie des lieux d’alcoolisation, ce qui dans une entreprise est l’équivalent d’un véritable scanner des dysfonctionnements, sorte d’audit humain très finement topographique : une entreprise boit là où elle souffre. »
Les différentes et successives études de terrain menées par Alcool Assistance en collaboration aves le professeur Alain Cercle et ses étudiants de Master en Psychologie Sociale de la Santé de l’université de Rennes 2 auprès de plusieurs centaines d’entreprises de plus de 100 salariés de l’ouest de la France, d’Alsace/Lorraine et de Rhône/Alpes dégagent un certain nombre d’indicateurs.
Ces enseignements concernent :
Les premiers contacts avec une entreprise sont en général initiés par la direction des Ressources humaines à la demande de la direction générale, suite à un ou plusieurs problèmes révélés par le service médical, le service social ou les services de sécurité.
C’est à la direction générale et ses services, en concertation avec le CHST (Comité d’hygiène et sécurité et des conditions de travail) qu’il appartient de constituer un groupe de projet pour examiner la situation présente, recenser les raisons de la démarche et des objectifs visés.
Il ne peut, dans un premier temps, s’agir que d’étudier l’état des lieux justifiant la démarche par l’étude du bilan des causes, ce plan ayant le double objectif de l’amélioration de la vie au travail et de la santé des salariés, en même temps qu’il assurera forcément, à terme, des retombées significatives pour la productivité, la rentabilité, la qualité des produits et, par là même, l’image et la pérennité de l’entreprise.
A la lecture des premiers constats seule la direction générale a le pouvoir de lancer le processus de mise en œuvre. Pour cela il lui appartient de faire clairement part de son intention de soutenir le programme futur par une attitude volontariste engagée, et exprimer son souci d’éthique et de méthodologie comme en matière de qualité.
C’est à partir de cet état des lieux de la situation réelle que le groupe de projet devra opter sur le choix d’un partenaire externe pour définir avec lui les différentes phases d’avancement du plan de prévention, à commencer par la campagne d’information, étape importante qui doit prendre en compte les spécificités de l’entreprise : ancienneté, historique, population, métier, position sur son marché, climat social et tous les autres traits particuliers qui la caractérisent, car, une fois encore, il ne s’agit pas de plaquer un plan préfabriqué, mais de mettre en place le projet adéquat correspondant à ses particularités et à son caractère.
Le consultant ou partenaire externe devra, dans un premier temps, prendre en compte les besoins, attentes, objectifs du groupe de projet.
Les enquêtes conduites auprès de centaines d’entreprises de différentes régions montrent que 41,2 % des entreprises interrogées ont déjà engagé des actions relatives à la consommation de produits. On peut constater une progression significative entre 1995 et 2006, période durant laquelle le lancement d’actions de prévention est passé de 9,8 % à 35,5 %, la principale préoccupation exprimée étant la sécurité pour près de 80 % d’entre elles.
Dans l’ordre des préoccupations dominantes d’actualité, la sécurité arrive très largement en tête avec 76,6 %, le tableau ci-dessous font apparaître les autres domaines que les entreprises souhaitent aborder.
Sur le tableau suivant on pourra remarquer que la réduction du nombre des accidents arrive largement en tête des préoccupations, le taux de cotisation de ce poste étant fixé proportionnellement à leur nombre déclaré chaque année.
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Comme on peut le constater sur le tableau ci-dessous l’information et la sensibilisation viennent largement en tête des actions à entreprendre, notant que celles-ci ne pourront trouver une réelle efficacité qu’avec l’aménagement et le renforcement du règlement intérieur de l’entreprise.
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Dans les enquêtes réalisées on peut se rendre compte que la tendance médico-sociale du dispositif emporte une large majorité. En effet, 75 % des entreprises de plus de 500 salariés souhaitent axer l’action sur des dispositifs d’aide et 40 % sur la constitution de groupes de prévention internes. Dans le cas des entreprises de moins de 200 salariés ne disposant pas de service médical ou social permanents, les possibilités sont inférieures d’environ 50 % faute de temps et de moyens.
C’est donc dans leur direction qu’il conviendra d’accentuer l’effort car elles représentent le plus important pourcentage de salariés au plan national.
Ils se caractérisent par :
1/ Les variables de situations :
2/ Ou des variables sociales :
Selon leur interprétation, ces déterminants peuvent déboucher sur deux situations paradoxales :
La mise en place du plan de prévention par le groupe de projet va consister dans un premier temps à mettre en place un groupe pilote composé des membres du groupe de projet auquel s’adjoindront les personnes représentatives des différentes instances institutionnelles de l’entreprise, à savoir : le comité de direction, le service médico-social, le CHSCT, les représentants du comité d’entreprise, les représentants syndicaux et des représentants des échelons hiérarchiques (cadres, agents de maîtrise, chefs d’ateliers) des différents services de l’entreprise, sans oublier le respect de la parité car les femmes, en fonction de l’activité de l’entreprise, peuvent représenter une proportion importante des salariés.
La première réflexion commune du groupe pilote aura pour objet de redéfinir clairement :
POUR QUI ?
Il semble logique que les membres du comité de direction, et l’encadrement qui ont en charge d’appliquer la politique de l’entreprise sur les plans santé et sécurité soient les premiers à recevoir cette formation. Ils auront, en effet, la responsabilité de la présentation et du bien fondé du plan de prévention.
C’est ensuite le groupe pilote qui devra être formé pour élaborer, conduire et animer le plan de prévention, il devra choisir par la suite en fonction des connaissances acquises quels autres acteurs de l’entreprise devront se joindre à lui pour constituer le groupe de prévention qui sera formé à son tour. C’est au sein de ce groupe que l’on trouvera dans chaque service les personnes les plus averties pour assurer l’aide et l’accompagnement des personnes en difficulté.
Pour l’information, la sensibilisation et la formation, il est nécessaire que le groupe de pilotage dispose des différents outils et des diaporamas permettant de diffuser l’information de façon interactive sur les principaux sujets de base et en particulier :
- La loi de l’effet : PIC (Produit, Individu, Contexte). Ce schéma apporte une vue générale de l’interaction de ces trois éléments.
La loi de l'effet PIC (E = PIC)
- Le schéma du vécu des individus avec l’alcool qui passe de la rencontre à l’excès et de l’intoxication à la dépendance, parfaite illustration du tableau précédent par la démonstration des dérives qui peuvent survenir selon les individus, leur usage du produit et le contexte dans lequel ils vivent.
- Le tableau des équivalences de l’OMS largement publié qui n’est cependant toujours pas suffisamment connu dans l’ensemble de la population générale.
Chacun de ces verres contient 10 grammes d’alcool pur
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Les circuits d’information, les réseaux d’aide internes et externes
Dès lors que le dispositif de prévention a été mis en place, il est essentiel que les différents échelons de recours soient clairement rédigés et publiés à l’ensemble des salariés de l’entreprise pour qu’ils sachent où s’adresser utilement tant à l’intérieur de l’entreprise qu’à l’extérieur avec les partenaires naturels que sont le médecin traitant, le médecin addictologue, les bénévoles des mouvements d’entraide.
En cas de besoin, le salarié s’adressera à son responsable hiérarchique (chef d’atelier ou de bureau) qui pourra l’adresser soit au groupe de prévention, soit à l’assistante sociale ou encore au service du personnel, chacun de ces acteurs ayant sa propre responsabilité et un rôle bien défini dans le plan de prévention.
Dans les grandes entreprises dotées d’un service médico-social permanent, c’est tout naturellement que la personne en difficulté sera adressée un médecin du travail.
Avec un accident du travail sur cinq en relation avec l’alcool et un taux d’absentéisme de deux à cinq fois supérieur chez les buveurs excessifs que dans la population générale, la consommation d’alcool et ses répercussions sur la santé demeurent l’une des préoccupations majeures des services de santé au travail. Il faut rappeler qu’outre l’intérêt d’une démarche préventive, le dépistage d’un problème lié à l’alcool s’inscrit aussi légitimement dans le cadre de la détermination de l’aptitude aux postes de sécurité.
Il s’agit d’un thème de prévention peu abordé, voire ignoré des intervenants en santé du travail. Ainsi, peut-on constater qu’en dehors de rares cas d’ébriété sur les lieux du travail, dans le cadre de l’urgence ou de signes d’intoxication graves constatés lors de l’examen médical, bon nombre de médecins du travail n’intègrent toujours pas dans leur pratique une approche systématique de la consommation d’alcool. A l’inverse, la consommation de tabac est quantifiée dans la quasi totalité des dossiers médicaux. Cette difficulté à aborder également et simplement ces deux conduites addictives courantes montre combien le tabou alcool persiste en France.
La relation d’aide
« C’est faire en sorte que le sujet puisse en toutes circonstances choisir le retour vers la liberté » :
De quels moyens disposons-nous ?
Nous avons déjà publié à de nombreuses reprises cette citation de notre maître et ami le Dr Jean Rainaut qui avait pour coutume de dire : « Le non alcoolique a toujours cherché à isoler les signes lui permettant de comprendre en quoi l’alcoolique diffère de lui. Le jour où il cherchera à mieux comprendre en quoi il lui ressemble, il sera mieux en mesure d’entrer en contact avec lui à travers sa souffrance et bien avant que le scandale n’advienne. »
La difficulté à parler d’alcool est renforcée par la difficulté de communication avec les sujets alcoolisés avec lesquels le silence devient angoissant lorsqu’il se prolonge lors de la consultation, et le médecin devra s’efforcer de mettre des mots sur les maux du consultant, lui permettre de sortir de l’indignité qu’il ressent, d’extérioriser sa souffrance, de faire jaillir une demande, entrer dans la structure du sujet (empathie ) lui faire ressentir de la considération pour l’aider à redevenir une personne en mesure d’accepter et de comprendre le dialogue.
Il n’est certes pas facile de parvenir à cette étape dès la première rencontre, mais il convient alors de fixer des rendez-vous ultérieurs pour avancer dans la relation d’aide et permettre de se vider en toute confiance « la boîte de Pandorre qui contient toutes les résonances du passé. « Aides-moi à t’aider. »
Si la relation est difficile à établir il existe plusieurs sortes de méthodes qui permettent d’apprécier la prévalence des problèmes d’alcool dans une population standard de salariés, libérant le médecin d’une approche directe. Il s’agit d’auto- questionnaires de dépistage qui peuvent être proposés en début de consultation.
Comme en population générale plusieurs méthodes diagnostiques peuvent être utilisées :
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- Le plus simple le questionnaire Deta
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(acronyme de Alcohol use disorders test) |
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Pourquoi l’intervention brève ? Pour réduire par la prévention secondaire la prévalence des maladies et des décès liés aux consommations à risques et dommageables d’alcool avant le risque d’alcoolodépendance.
Il convient donc de donner aux médecins, qu’ils soient généralistes ou du travail, la place qui est la leur en santé publique et du travail. Nous relayons ici les informations fournies par l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), notre partenaire, qui peuvent permettre à tous les médecins de se procurer les outils nécessaires à faciliter le dialogue avec leurs patients et les aider à faire le bilan de leur consommation et la réduire s’ils le souhaitent pour la préservation de leur santé.
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En France, la prévention, le dépistage et le suivi des salariés présentant des conduites addictives sont essentiellement basés sur la définition des postes de sûreté et de sécurité (PSS) pour lesquels il existe des risques accrus d’accidents et de dysfonctionnements graves.
Le rôle du médecin est donc à la fois de protéger le salarié et l’entreprise en conciliant la santé et la sécurité, et donc d’apporter des solutions concrètes.
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Le Code du Travail :
Toute consommation illicite de stupéfiants est constitutive d’un délit.
- Une circulaire du 8 juillet 1990 ( 90-13) souligne que rien ne justifie un dépistage de toxicomanie organisé de façon systématique dans l’entreprise.
- Le dépistage est généralement admis lorsque le salarié occupe un poste de sécurité et que l’exercice de ses fonctions peur présenter une menace physique, chimique, biologique ou matérielle pour la sécurité individuelle et collective.
- Les décrets du 27 août 2001 et arrêté du 5 septembre 2001 permettent de rechercher la consommation de stupéfiants sur les conducteurs impliqués dans un accident mortel.- L’article 21 de la loi du 15 novembre 2001 souligne la possibilité de procéder à cette recherche en cas d’accident corporel.
Le règlement intérieur
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C’est un document écrit par lequel l’employeur fixe exclusivement :
- Les mesures d’application de la réglementation en matière d’hygiène et de sécurité dans l’entreprise.
- Les règles générales et permanentes relatives à la discipline, et notamment l’échelle des sanctions que peut prendre l(employeur ( Art. L 122-34 du Code du Travail).
Pour des examens complémentaires prévus par le règlement intérieur pour les postes à risques, le protocole retenu ne pourra pas être en opposition avec l’article 122-35 du Code du Travail :
« Le règlement intérieur ne peut contenir de clauses contraires aux lois et règlements et ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir, ni proportionnées au but recherché. »
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