La santé de nos aînés et des risques de consommation excessive d’alcool


 


" A SON ÂGE ..."



L'entourage hésite souvent à intervernir lorqu'un aîné à des problèmes d'alcool. Peut être pour protéger sa réputation mais certainement parce qu'on pense - à tort - qu'à son âge " cela ne vaut plus la peine ", qu' " il a déjà tout perdu, alors on ne va pas encore lui ôter son verre " ou qu' " il est trop vieux pour changer ".

Être alcoolodépendant est source de souffrance à tout âge. Alors vouloir préserver la dignité et le bien être d'une personne âgée, c'est se préoccuper d'un éventuel problème d'alcool plutôt que l'ignorer sous prétexte de l'âge. Sans oublier qu'un problème d'alcool entraîne souvent d'autres problèmes psychiques, physiques et sociaux. 

A tout âge cela vaut la peine de réagir à un problème d'alcool.


Le retrait de la vie active peut provoquer chez certains, un sentiment d’inutilité qui risque d’entraîner des symptômes d’anxiété, voire de dépression.

L’arrêt brutal de la vie active, l’ennui, la solitude, la perte d’autonomie, le bouleversement des conditions de vie, le décès du conjoint ou d’un proche sont autant de raisons qui peuvent être à l’origine du recours aux médicaments et souvent à un dangereux mélange alcool/médicaments.


Il faut considérer plusieurs cas de figure :

les personnes ayant consommé de l’alcool de façon excessive tout au long de leur vie, celles qui en consomment relativement peu mais qui effectuent des mélanges nocifs avec les médicaments et enfin, celles qui ont commencé à consommer sur le tard pensant y trouver le remède à leur solitude.

Les abus restent cependant surtout liés à une méconnaissance des effets plus qu’à la volonté délibérée de fuir la réalité. Cependant une consommation combinée et régulière de ces substances risque d’entraîner rapidement une dépendance, compte tenu de la satisfaction apparente immédiate qu’elles procurent.

Le problème est que cette addiction est parfois difficile à déceler dans la mesure où les personnes âgées restent seules une grande partie du temps et qu’elles ne réclament aucune aide. Il est donc difficile de diagnostiquer certains comportements particuliers, voire étranges, qui permettraient de détecter ces accoutumances. De plus, il est fréquent que l’on confonde ces comportements d’addiction avec certains autres signes que l’on attribue à tort à d’autres maux habituels dus à l’âge de ces personnes.
Mais la consommation excessive d’alcool est fréquente chez les seniors avec le plus souvent des effets graves sur leur santé. Dans un article récent publié dans la revue Gérontologie et société sur le sujet,

le Dr Michaud estime que « une dépendance tardive qui débute vers la soixantaine est assimilable à une alcoolisation aiguë dont les conséquences peuvent être dramatiques ».



DOSSIER



CONSTAT

La consommation d’alcool chez les jeunes est depuis longtemps un sujet préoccupant. Compte tenu du vieillissement de la population, la consommation chez les personnes âgées suscite à son tour un intérêt et une inquiétude croissants.

Jusque dans les années 1950, les personnes de plus de 65 ans ne représentaient que 5 % de la population. Aujourd’hui, cette proportion est de 12 % et devrait passer à 18 % en 2016, à 24 % en 2026 et à 30 % en 2050.

Cette augmentation entraînera une hausse de la demande pour les services sociaux et de santé, due notamment au nombre croissant de personnes âgées consommant de l’alcool et d’aînés ayant des problèmes liés à la consommation d’alcool.




La consommation chez les personnes âgées

Les aînés ne constituent pas un groupe homogène. À l’instar de la population générale, la consommation chez les aînés varie en fonction de l’âge, du genre, du statut socioéconomique et d’autres paramètres démographiques.

Pour établir un portrait des pratiques de consommation d’alcool chez les personnes âgées, il faudrait savoir si les modes de consommation des aînés se sont modifiés au cours de leur vie active.

L’analyse de ces données permettrait de préciser le profil des plus gros buveurs et mesurer les effets de la consommation d’alcool sur le vieillissement, mais de telles données sont rares tant au plan national qu’international pour savoir si les modes de consommation des aînés se sont modifiés au cours de leur vie et connaître les changements survenus dans les pratiques de consommation d’une société donnée, à un moment donné.


En fonction de l’âge

Contrairement aux générations précédentes, les babyboomers ont grandi dans une culture de grande acceptation sociale de la consommation d’alcool. La proportion de personnes âgées consommant beaucoup et même trop d’alcool pourrait ainsi augmenter au cours des prochaines années.

Les pratiques de consommation varient dans le temps en fonction des normes sociales qui régissent ce qui est acceptable ou non en matière de consommation d’alcool.

On observe en effet des changements de comportement selon les différentes générations et les différents groupes d’âge. Habituellement, plus les personnes sont âgées, plus la proportion de buveurs et de consommateurs abusifs diminue. Par exemple, en 2005, 18 % des 55 à 64 ans disent avoir dépassé le seuil recommandé par les directives de consommation de l’OMS, alors que ce pourcentage baisse à 11 % chez les 65 à 74 ans.

Depuis une quinzaine d’années cependant, la consommation d’alcool chez les personnes âgées semble avoir augmenté. En effet, en comparant les données des enquêtes sociales et de santé de 1998 à celles des enquêtes de 1987 et de 1992, on observe chez les plus de 65 ans une diminution du nombre d’abstinents : 36 % en 1987, 38 % en 1992 et 30 % en 1998 – et du nombre d’anciens buveurs : 13 % en 1987, 10 % en 1992 et 12 % en 1998.

On remarque dans ces mêmes études une augmentation du nombre de buveurs âgés : 52 % en 1987, 52 % en 1992 et 59 % en 1998. Par ailleurs, entre 1987 et 1998, le nombre moyen de consommations hebdomadaires est passé de 5,5 à 6,3 verres chez les hommes. Les femmes font exception, car elles ont réduit leur nombre moyen de consommations hebdomadaires de 2,5 à 2 verres.

Une étude américaine révèle que les générations qui présentent un taux élevé de consommation abusive durant leur jeunesse sont celles qui, plus tard, ont le plus grand nombre de problèmes dus à la consommation d’alcool.


En fonction du genre

 En ce qui a trait à la consommation abusive, 15,7 % des aînés disent consommer plus de 14 verres par semaine alors que ce pourcentage est de 3,8 % chez les femmes âgées.

Par contre, entre 1987 et 1998, ce sont les femmes de 45 à 64 ans qui ont enregistré la plus forte augmentation du nombre moyen de verres consommés par occasion. La consommation des femmes âgées pourrait ainsi changer au cours des prochaines années.


En fonction du statut socio-économique

Plusieurs enquêtes indiquent que les personnes les plus riches sont celles qui ont le plus haut niveau de consommation d’alcool. Les sujets âgés ayant un revenu élevé sont significativement plus nombreux à déclarer avoir dépassé le seuil recommandé par les directives de consommation d’alcool à faible risque, soit 24,7 % contre

22,3 % des personnes à revenu moyen et 20,5 % des personnes à revenu faible.

On observe une plus grande proportion de buveurs consommant plus de 14 verres par semaine chez ceux qui ont un revenu supérieur. Il semble bien y avoir un lien entre le revenu élevé et la consommation d’alcool. On pourrait donc assister au cours des prochaines années à une hausse de la consommation d’alcool chez les personnes âgées, car les baby-boomers atteindront la soixantaine en ayant un revenu plus élevé que n’importe quelle autre génération.


En fonction du statut matrimonial et de résidence

Les enquêtes déjà mentionnées contiennent des données sur les pratiques de consommation selon le statut matrimonial et les modalités de résidence. Malheureusement, ces données ne sont pas analysées en fonction des différents groupes d’âge. Il est donc impossible de tirer des conclusions sur la consommation des aînés, qu’ils soient mariés, divorcés, veufs, vivant seuls ou non.



Le dépistage des problèmes de consommation


11 à 14 % des aînés dépassent le seuil recommandé par les directives de l’OMS. En 2005, 2,8 % des personnes âgées disent avoir eu au moins un problème dû à leur consommation d’alcool. 15 % des hommes et 12 % des femmes du troisième âge boivent au-delà d’un seuil sécuritaire : de 2 % à 6 % boivent de façon abusive et de 1 % à 3 % souffrent des conséquences d’une consommation abusive.

Des études soutiennent que de 6 % à 11 % des personnes âgées admises à l’hôpital dans les pays développés montrent des signes d’alcoolisme. Plusieurs experts pensent que le nombre des aînés ayant des problèmes d’alcool est probablement beaucoup plus élevé que ce qu’indiquent les recherches. Si on semble sous-estimer ou ne pas avoir connaissance du nombre réel de personnes ayant des problèmes liés à la consommation abusive d’alcool pour tous les groupes d’âges, ce serait d’autant plus vrai pour les personnes âgées.


Difficile identification des problèmes de consommation

Autant les membres de la famille, les proches, les amis, les professionnels de la santé ont des difficultés à identifier les problèmes de consommation d’alcool chez les personnes âgées, autant ils ont tendance à vouloir protéger la personne étant donné son âge s’ils diagnostiquent ce problème.


Les conséquences d’une consommation abusive d’alcool

Dégradation de l’état de santé, repli sur soi, pertes de mémoire, dépression, insomnie, chutes, problèmes de digestion, perte d’appétit et angoisses sont parfois diagnostiquées comme étant les conséquences d’une maladie ou tout simplement du vieillissement.


Instruments de dépistage inadéquats

On questionne la fiabilité des outils de dépistage généralement utilisés pour identifier les problèmes d’alcool chez les aînés. En effet, ces outils tendent à mettre l’accent surl a consommation d’alcool actuelle alors que, chez les personnes âgées, il est essentiel d’avoir une idée précise de leur consommation d’alcool tout au long de leur vie.



La consommation abusive ou dangereuse

Certains événements sociaux peuvent provoquer une consommation abusive d’alcool de même que des situations de vie spécifiques aux aînés peuvent causer une consommation dangereuse d’alcool. L’abus et la consommation dangereuse se différencient principalement par l’intention : alors que la consommation abusive est intentionnelle, la consommation dangereuse ne l’est pas. On parle de consommation abusive lorsqu’une personne persiste à trop ou à mal consommer, même si elle sait, comme l’ensemble des consommateurs, que sa consommation peut avoir des impacts physiques, physiologiques ou sociaux indésirables. Par contre, la consommation dangereuse est caractérisée par l’inattention et le manque d’information. Elle est facilement le lot des personnes âgées mal informées quant à leur vulnérabilité à l’alcool.

Les solutions à la consommation dangereuse peuvent impliquer une autre personne que l’aîné, soit un médecin, une infirmière, un membre de la famille ou un aidant naturel.


Les facteurs de risque de la consommation abusive

Encore très peu d’enquêtes permettent d’identifier les facteurs associés à la consommation abusive, elles ne permettent pas de savoir pourquoi certaines personnes âgées boivent de façon abusive. Elles ne permettent pas non plus de distinguer les aînés qui ont ces problèmes depuis longtemps de ceux qui développent ces problèmes après l’âge de 60 ans.

On estime que, parmi les personnes âgées ayant un problème de consommation, un tiers l’a développé après l’âge de 60 ans, souvent à la suite de difficultés d’adaptation à des événements sociaux difficiles.

Des changements sur les plans du travail, des relations familiales et de la santé peuvent entraîner des problèmes d’alcool chez les personnes âgées. Ces changements, le plus souvent liés à une perte, vont engendrer une douleur émotionnelle ou physique.

Des gens de tout âge vivent des pertes, mais, chez les personnes âgées, ces pertes sont souvent irréversibles et peuvent être cumulatives. La consommation d’alcool peut alors être perçue comme une compensation à ces pertes qui sont vécues comme un deuil ou un stress, avec un sentiment d’impuissance ou d’inutilité.

Pour la grande majorité des aînés, ces événements n’entraînent pas de problèmes d’alcool et peuvent même contribuer à une réduction de la consommation, mais, pour d’autres, ils sont d’importants facteurs de risque de surconsommation.


Les facteurs de risque de la consommation dangereuse

Un important facteur de risque de la consommation dangereuse chez les personnes âgées – quasi exclusif d’ailleurs aux aînés – est la concurrence de la consommation d’alcool et de médicaments. Le processus normal de vieillissement implique aussi des changements physiologiques qui augmentent la vulnérabilité des personnes âgées à l’alcool et les rend plus susceptibles d’avoir une consommation dangereuse.



Alcool et médicaments

Environ 75 % des aîné prennent au moins un médicament d’ordonnance. La polypharmacie est plutôt généralisée puisqu’en 1998, 52 % des aînés ont consommé régulièrement au moins 3 médicaments d’ordonnance et 20 %, au moins 2. La consommation d’alcool est contre-indiquée pour de nombreux médicaments. L’alcool peut faire augmenter l’effet sédatif des médicaments tels que les benzodiazépines et le risque de chutes.

Le mélange d’alcool et de médicaments notamment ceux contre l’épilepsie, l’hypertension et le rhume peut causer de la somnolence et des étourdissements. Le mélange d’alcool et de médicaments pour soulager les rhumatismes, l’arthrite, la douleur, les infections et la dépression peut provoquer de graves problèmes physiques et psychologiques.



Mauvaise communication

Un manque d’information, une fausse interprétation ou un mauvais usage de l’information sont d’importants facteurs de risque de la consommation dangereuse d’alcool, dus à la poly-consommation alcool et de médicaments. Ces facteurs de risque sont principalement dus à des problèmes de communication entre patient et médecin.

Les aînés peuvent cacher à leur médecin d’importantes informations, pensant que leurs problèmes sont le résultat normal du vieillissement. Ils prennent pour acquis qu’il n’existe pas de remède ou de traitement. Ils ne connaissent pas les causes liées à leurs symptômes ou bien, tout simplement, ils ne veulent ou n’osent pas en parler à leur médecin.

On observe que, même si les aînés se présentent chez le médecin avec davantage de problèmes que les autres patients et prennent plus de temps à donner et à recevoir de l’information, la durée d’une consultation tend à diminuer chez les personnes âgées. Les médecins sont aussi portés à prescrire spontanément plus de médicaments aux aînés qu’à leurs patients plus jeunes.



Vulnérabilité physiologique

On observe qu’en vieillissant, le pourcentage de gras dans l’organisme augmente alors que la quantité d’eau diminue et aussi une réduction de l’efficacité des enzymes responsables de l’élimination de l’alcool par le métabolisme hépatique (alcool déshydrogénase).